Bull Gamma M-40

nouveau

Retour Histoire Informatique
mise à jour 03 nov. 2004

Le titre de cette page mérite quelques commentaires. Après l'échec commercial du Gamma 60, les études de la Compagnie des Machines Bull se concentraient sur les matériels de bas de gamme : la tabulatrice électronique du Gamma 10 et les recherches pour une petite machine. Pierre Davous à la tête d'une division de recherche en informatique d'Automatisme (la Division 8) estimait que la compagnie ne pouvait être indifférente aux ordinateurs plus puissants et applicables à tous les marchés (y compris les marchés scientifiques et de process control). Cette cible avait été au cours des années 1950  visée, puis un peu délaissée par la SEA, mais elle conservait un certain attrait pour la DRME (direction des Recherches militaires) et plus généralement pour les instances gouvernementales, dont l'appui était indispensable à la poursuite d'un développement indépendant de la Compagnie des Machines Bull. C'est ainsi que naquit le projet au nom de code M-40, auquel j'ai marginalement contribué pour l'analyse des applications temps réel et leur solution à l'aide d'une machine moyenne.

La conception du projet était l'oeuvre de Georges Lepicard (ingénieur de SupAéro ayant passé quelques années à la CAE). Georges avait étudié à la CAE le RW-530 et, à Bull, il prit connaissance des spécifications de l'ordinateur de process control RCA 110. Ces deux machines se présentaient sur le même marché que celui que visait la M-40. Bull avait envisagé en 1962 la commercialisation du RCA 110, mais la distension des liens avec RCA et la concurrence avec la CAE n'a pas permis l'importation de cette machine. 

Le projet M-49 prit forme au cours de 1963 et fut présenté aux organismes publics. Peut-être parce qu' il s'agissait d'une machine "mot" et d'une machine temps réel (interruptions de programme) il ne retint pas sérieusement l'attention de ceux qu'on n'appelait pas encore les "product planners" pour des applications de gestion pour lesquelles l'offre Bull de machines moyennes et grosses était du domaine des importations et de la fabrication sous licence de RCA. Cependant, le prototype de la M-40 fut présenté au SICOB de 1963 sous la forme d'une machine scientifique.

La machine était une machine mot de 24-bits avec une mémoire à tores de 8 à 32 K mots. Une de ses particularités était que l'exécution des instructions se faisait sous contrôle de microprogrammes enregistré dans une mémoire ROM à bâtonnets (également utilisée dans le projet petite machine), ce qui lui donnait un code d'instructions très riche sans grever le coût de fabrication. Les entrées sorties étaient sous contrôle de programmes prioritaires à la manière des mini-ordinateurs. Cependant, un système de "canaux simultanés" (c'est à dire en réalité un contrôleur DMA) fut réalisé par la suite pour supporter des périphériques rapides en simultanéité. Ce système de canaux fut réalisé par Jacques Bienvenu.

Juste avant le SICOB, la machine fut en hâte baptisée Gamma M-40 sans altérer le nom de code (ce qui a provoqué des confusions dans le réseau commercial avec le Gamma 40 -nom donné par Bull au projet RCA 3301 qui sera annoncé et retiré avant toute livraison).

Un contrat important de gestion de processus fut conclu pour la raffinerie de Feyzin où une équipe de la Division 8 entreprit le démarrage et la réalisation des équipements d'interface avec instruments de mesure et relais de commande.

Par ailleurs, une équipe de développeurs de logiciel dirigée par François Sallé (avec notamment Claude Chemla et Jacques Newey) entreprirent la réalisation d'un superviseur standard et d'un moniteur pour les applications scientifiques. Un compilateur FORTRAN inspiré de celui de l'IBM 7040 fut réalisé ainsi qu'un langage scientifique interactif original le LSA (développé par André Bensoussan et Mike Spier). Un système time-sharing pouvant recevoir une dizaine de consoles LSA (avec des terminaux IBM Sélectric à boule) fut réalisé en 1965 sur la M-40. Le time-sharing LSA utilisait le tambour comme mémoire secondaire de swapping. Il ne fut utilisé, à ma connaissance, qu'à l'université de Lille. Il avait l'inconvénient par rapport au GE-265 de ne pas supporter des lignes de communications à distance, mais seulement des terminaux locaux.

La M-40 reçut de nombreux dispositifs, entièrement conçus par la Division Automatisme de Bull-GE, destinés au process control dans le cadre du contrat d'automatisation de la raffinerie Elf de Feyzin.

En mars 1964, intervint l'absorption de la Compagnie Bull par General Electric et le sort de la M-40 fut remis en question. Cette machine mordait sur les machines GEPAC du département process control de GE, mais dont les rapports avec le Computer Department étaient  sensiblement distendus. 
Par son organisation à mots de 24-bits la M-40  pouvait menacer la série standard GE-400, sur laquelle elle avait un avantage de coût de revient, mais avait un retard sensible du point de vue des programmes de gestion. En "télégestion", elle se heurtait à la combinaison GE-400/Datanet-30. Un compromis fut trouvé à l'intérieur de Bull-GE en laissant vivre le M-40 dans les applications où elle avait été introduite (automatisme et petits centres scientifiques). Un aperçu des problèmes politiques de cette époque a été décrit en septembre 2004 par Pierre Davous.  
Les équipes M-40 furent rapidement reconverties dans la reprise du projet de GE-140, avant de se retrouver pour l'essentiel en 1967 dans les avant-projets de Nouvelle Ligne de GE.

Une dizaine d'exemplaires de la M-40 fut vendue en France. Les organismes gouvernementaux qui avaient soutenu le projet y étaient devenus hostiles à partir de la prise de contrôle de bull par General Electric et dirigèrent les commandes publiques vers les matériels SDS vendus par la CAE.