MÉTÉOROLOGIE

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Bretagne

Lorsque j'étais enfant, pendant la guerre, les journaux et la radio ne distribuaient pas de prévisions météorologiques, celles-ci faisant partie des secrets militaires. Aussi, c'est avec mon grand père que j'apprenais les vieilles recettes des paysans.

Lorsque en hiver le vent passe au sud-est, c'est qu'il y a une menace de neige. Toute l'année, lorsque le vent passe du sud-ouest au nord-ouest, c'est que les éclaircies s'annoncent. Le brouillard vient avec la marée le long de la côte lorsqu'il faisait beau le matin et qu'il n'y avait pas de vent. 

En breton, à l'époque, on ne disait pas "Degemer Mad" -bonjour-, mais "Tom eo an amzer" -chaud est le temps-, "Yen eo" -Froid-. Je pense que les Bretons possédaient suffisamment d'expérience pour ne pas trop croire aux prévisions à long terme comme le nombre de couches de pelure des oignons.

Sahara

Je découvrit la météorologie "scientifique" en 1961 en fréquentant les ingénieurs de la météo nationale faisant des prévisions relatives aux retombées radioactives des explosions nucléaires. J'étais à l'époque responsable de stations de radar-vents installées spécialement pour mesurer les vents en haute altitude au Sahara. Ce réseau avait été établi sous l'impulsion de l'ingénieur général Barbé qui avait trouvé le moyen de vérifier expérimentalement certaines de ses théories sur l'influence des jet-streams, ces courants en haute-altitude sur la prévision météo dans les basses couches.
 Donc, nous lancions trois fois par jour des ballons de 3 mètres de diamètre (au sol) gonflés à l'hydrogène et montant à 10-15 km d'altitude avant d'éclater. Les ballons portaient un réflecteur radar et de une fois par jour une radio-sonde. Le réflecteur radar était suivi par un radar dérivé du modèle COTAL de poursuite anti-aérienne un peu modifiés pour atteindre 120 km de portée, au lieu des 60 km habituels. Cinq stations avaient été créées à l'origine à Reggan sur la base-vie, à Béchar, à Ouargla, à Atar en Mauritanie et à Tessalit au nord du Mali. Ce réseau était complété lors des tirs par des stations temporaires équipées de radio-sondes situées dans l'Erg Chech, à Ouallen, à Akabli, In Salah, Arak et Tamanrasset.  Lorsque je suis arrivé à Reggan entre le second et le troisième essai français, il avait été décidé de fermer les stations de Ouargla et d'Atar. 
Les stations communiquaient le résultats de leurs mesures de vent au moyen de messages chiffrés. Le calcul du vent à partir des échantillonnages trajectographiques étant effectué par une équipe de six soldats équipés de crayons, de machines à calculer électriques ou à main et d'une table de cryptage utilisée une fois.
Mon rôle était essentiellement de gérer la logistique de ce réseau et occasionnellement d'aider au dépannage des matériels.Cependant, elle me mettait ne contact avec les météorologistes de Reggan (responsables de faire les prévisions aéronautiques) ainsi qu'en période d'expériences avec les ingénieurs parisiens les plus compétents.

carte du Sahara
avec
la direction approximative des retombées radioactives lors des essais nucléaires aériens de 1961-1962 

En 1962, les expérimentations se firent de manière souterraine à In Eker dans le Hoggar. Cependant, le réseau de radar-vents fut maintenu au cas -qui fut rencontré juste après mon départ- où une fuite se produirait et des estimations de contamination s'acéreraient nécessaires. La station de Tessalit fut transportée dans des conditions un peu homériques à In Eker où elle servait aussi aux prévisions aéronautiques de l'aéroport d'In Amguel et des hélicoptères-grues utilisés sur le site d'In Eker.

Pour plusieurs raisons -confort du personnel d'expérimentation amené à travailler en plein air, sensibilité de certains éléments de la bombe à la température-, les tirs aériens ne pouvaient être faits qu'en hiver. J'ai conservé un log des températures de 1961-1962 à Reggan: la température extérieure de nuit n'est jamais tombée au-dessous de 28°C la nuit et la température de jour se tenait régulièrement au dessus de 42°C avec des journées à 48° à l'ombre -denrée très rare dans le désert. La "légende" d'un pays froid où le soleil est chaud n'est pas valable en été et surtout dans le Tanezrouft.

En hiver, il y avait quelques perturbations sur la Méditerranée dont la bordure sud affectait le Sahara jusqu'à Reggan avec des vents (au sol) de sud à l'avant tournait au nord à l'arrière. Mais le plus souvent, cette région du Sahara était soumise à l'alizé du nord-est soufflant continuellement sans rafales et soulevant du sable sur la hauteur de 1 mètre.
Par contre, dans les hautes couches à partir de 5-7000 mètres, les vents dominants soufflaient régulièrement de l'ouest, phénomène aujourd'hui familier aux utilisateurs des avions à réaction. 
Cette caractéristique expédiait le nuage radioactif monté à 8-13000 mètres dans une direction peu habitée, passant au Nord du Hoggar et se dirigeant vers Djibouti où furent mesurés le plus de radioactivité, mais moins que celle arrivant à Paris, après un tour de terre,  à partir des expériences soviétiques de la Nouvelle Zemble à cette époque. De fait, contenu de la faible puissance des engins français expérimentés à Reggan, la "zone interdite" après quelques semaines après le tir se comptait au plus en dizaines de kilomètres.
La prévision météo ne gérait pas les conditions locales du champ de tir, où quelques irradiations eurent lieu, généralement attribuées à des imprudences.

En été, le climat saharien est influencé par les perturbations subtropicales qui prennent leur élan dans le Sahel pour aller reprendre de la force dans le golfe du Mexique et frapper les États-Unis. A l'époque d'avant les satellites, ces trajectoires étaient presque inconnues et on s'apercevait des "avancées du front inter-tropical" à Reggan par une augmentation importante de l'humidité (qui contrecarrait la climatisation par humidificateur) et par l'apparition d'une brume nuageuse avec quelques éclairs. On apercevait même sur l'horizon sud des nuages de pluie qui s'évaporaient avent de toucher le sol à l'exception des plus grosses gouttes. Ces "orages " entraînaient des rafales de vent pouvant dépasser trente noeuds et qui soulevaient du sable à quelques centaines de mètres de haut, donnant une visibilité réduite à une dizaine de mètres et extrêmement nocifs pour les carburateurs des voitures dont le filtre à air se bouchait en quelques minutes. C'est le temps qu'ont illustré les récits de caravanes de chameaux enfouies sous le sable...

Une autre "curiosité" de la météorologie saharienne est la fréquence et l'ampleur des phénomènes de mirage dus aux réfraction de la lumière par les couches de l'atmosphère à température très différentes. 
Dans l'après-midi, c'est la haute température à laquelle est porté le sol (le reg) -peut-être 70° au ras du sol- contrastant avec les 40°C de l'air 1 mètre un peu plus haut, qui rend la visibilité nulle au delà d'une vingtaine de mètres. En tous terrains, le conducteur ne peut distinguer un galet d'un rocher à cette distance.
Le matin, c'est une inversion de température qui se produit. L'air près du sol étant refroidi à 30° alors qu'à 300m de haut, il est encore à 40°.  La visibilité apparente atteignait près de 100 km; chose impossible pour une propagation rectiligne à cause de la rotondité de la terre. Les palmeraies étaient rapprochées et paraissaient émerger d'un lac. Les bâtiments et les collines paraissaient plus hauts que nature. Cette courbure de la lumière due à la réfraction s'appliquait aussi aux ondes radar dont j'ai pu constater une propagation au delà de l'horizon, ainsi qu'un "accrochage" par le radar des tours de tir alors que la visée optique de l'écran pointait vers le sol à quelques centaines de mètres.

Liens: 

station météo de In Eker
rapport parlementaire sur les résultats des expérimentations sahariennes

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Bull et la Météo

Lorsque je suis rentré à la Compagnie des Machines Bull en 1963, j'ai curieusement retrouvé le problème rencontré au Sahara. En effet, le service de recherche de la Météo avait souhaité automatiser le processus qui occupait une équipe de 5 personnes et qui, s'il était acceptable avec de la main d'oeuvre militaire du contingent, était prohibitif en temps normal avec de la main d'oeuvre salariée. Aussi, l'ingénier général Barbé avait demandé à Bull d'équiper la station de Magny-les-Hameaux , le prototype de nos stations sahariennes, d'un calculateur électronique. Le service des systèmes spéciaux avait donc réalisé une connexion entre le radar Cotal et un calculateur Gamma 3....

Plus tard, j'ai eu l'occasion de répondre à un appel d'offres de la Météo Nationale pour un centre de collecte des messages Télex venant des stations météo dispersées dans le monde qui devait assurer un pré-traitement et la fabrication de cartes météorologiques. Malheureusement, General Electric ayant suspendu la commercialisation du GE-600 en 1967, nous ne fûmes pas en mesure d'honorer la lettre d'intention que nous avions reçue.

 

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Ma station météo d'aujourd'hui

J'ai installé sur la terrasse de notre appartement à La-Celle-Saint-Cloud (78170) un ensemble de capteurs comportant thermomètre, hygromètre, anémomètre et pluviomètre connectée (sans fil à 433MHz) à une station météo amateur Lacrosse WS2300-11, elle même connectée (par une liaison série) à un de mes ordinateurs.

La station mesure l'heure (transmission HF), la température intérieure et la pression atmosphérique.

Non seulement cela me permet de lire les valeurs de la station à l'écran, mais cela permet d'enregistrer un log des valeurs météo et de faire des minis-observations climatologiques.

Les premiers résultats en seront publiés ultérieurement ici.

Plusieurs problèmes ont été rencontrés:
  • l'installation de l'anémomètre en dehors des perturbations locales dues aux murs et aux cheminées et donc sur un mât relativement résistant.
  • La sensibilité du capteur de vitesse du vent aux changements d'orientation de celui-ci. L'hélice se freine voire s'arrête de tourner et les valeurs échantillonnées sont toujours sous-estimées.
  • La transmission radio à travers les revêtements en béton est parfois interrompue.
  • Le pluviomètre ne mesure pas instantanément la chute de pluie mais échantillonne le contenu cumulé. Même les averses ne sont pas instantanément détectées.
  • La station WS2300 ne mesure pas la valeur de l'ensoleillement. Ce type de mesure est réservée à des stations plus onéreuses.