Mini-Ordinateurs

en construction dernière mise à jour  04 nov. 2004

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Les mini-ordinateurs sont apparus à la fin des années 1950 pour satisfaire à un marché d'ordinateurs de contrôle et de commande de processus dans les domaines industriels et militaires. En effet, la tendance aux monstres commandés à IBM et Univac née au début des années 1950 fut remise en cause au profit d'une organisation décentralisée où l'ordinateur pouvait remplacer la commande robots ou le système d'instrumentation et ne cherchait pas à intégrer l'ensemble du processus. Même les systèmes C&C, en particulier le système SAGE de l'US Air Force, se basait sur une spécialisation des ordinateurs à seulement une partie du processus.

C'est ainsi que naquit une première génération de mini-ordinateurs créés par de jeunes ingénieurs, ayant touché aux systèmes militaires pour la plupart, et regroupés dans de petites sociétés telles que Ramo-Wooldridge ou Digital Equipment. Ces sociétés proposaient des systèmes, presque exclusivement du matériel, comprenant une unité centrale (processeur et mémoire -à tambour et/ou à tores-), un système d'entrées-sorties limité à des interfaces de senseurs et de commandes. L'intégration de ce matériel dans les processus était faite client par client, avec des connexions de périphériques spécifiques conçus pour le marché des télécommunications (téléimprimeur, bande perforée). Le logiciel développé par le constructeur se limitait au système de chargement et de lancement du logiciel. Le logiciel proprement dit était préparé sur des machines de test spécialisées ou sur des mainframes avec un logiciel de cross-compilation (le langage de développement des applications étant à peu près exclusivement l'assembleur de base, parfois un macro-assembleur). 

Architecture

Les mini-ordinateurs de la première génération devaient, à la différence de leurs frères destinés aux centres de calcul scientifiques et à leurs cousins lointains reprenant les applications mécanographiques, fonctionner de manière synchrone avec des processus automatiques extérieurs à l'ordinateur; on a dit longtemps qu'ils fonctionnaient "ne temps réel". Cela voulait dire qu'au moins une boucle de programme devait explorer des signaux extérieurs à une fréquence définie par l'application.

Très rapidement, cette amorce de solution fut remplacée par un dispositif innovant, inspiré probablement des systèmes de robotique électromécanique, le dispositif d'interruption de programmes permettant le déroulement "pseudo-simultané" d'automates.

Business Model originel des mini-ordinateurs

L'évolution des mini-ordinateurs a aussi été motivée par le "business models" des acteurs de l'offre sur ce marché. Contrairement aux "main framers", les constructeurs de minis ont décidé de vendre le matériel proportionnellement à son coût de fabrication (+ R&D) en évitant de gonfler les prix par une offre groupée de services. Bien avant 1970, ils ont "unbundlé" leur tarif, laissant d'ailleurs à leurs  clients (et ... à leur concurrents) leur configurateur et leurs prix. Dans un certain nombre d'affaires phares, les constructeurs ont proposé des systèmes clés en main, mais bien entendu, le prix des services reflétait leurs coûts.
Ce "business model" a rapidement plu aux sociétés d'engineering  et aux clients expérimentés civils ou militaires. Indépendamment des mérites propres de l'offre de minis, le modèle a agi comme un repoussoir à l'égard de celui de IBM et de ses semblables et a servi de générateur d'image à Digital et à ses semblables. Si l'on ajoute à cela l'accès relativement facile aux ingénieurs d'études, cette image a contribué à diminuer les frais commerciaux de ces entreprises et à abaisser le prix relatifs de leurs produits lorsqu'ils sont rentrés dans les années 1970 en compétition sur les marchés plus "classiques".

Évolution des mini-ordinateurs

Marché

Le coût d'acquisition (le prix) relativement réduit des mini-ordinateurs permit dès le début des années 1960 (PDP-1) des expérimentations pour des usages, à l'époque marginaux, de l'informatique et en particulier de développer des environnements pour une utilisation personnelle. Ces expérimentations eurent lieu essentiellement dans des laboratoires universitaires des États-Unis, parfois subventionnés dans les années 1960 par des contrats d'études du DARPA de la défense. C'est ainsi que naquirent des dispositifs matériels nouveaux d'entrées-sorties: l'écran graphique, la souris, le joystick, les tablettes à dessiner... C'est ainsi que naquit une nouvelle génération de logiciels indépendants des constructeurs (UNIX...)

En parallèle, et l'évolution fut essentiellement dirigée par la communauté des télécommunications, le mini-ordinateur était utilisé dans un rôle de frontal pour la connexion de terminaux aux grands ordinateurs (dans les domaines de l'informatique transactionnelle et du "time-sharing"). Et vers 1975, Aux fonctions d'ordinateur personnel et de télécommunications, il suffisait d'y ajouter des traitements de base de données pour faire entrer les mini-ordinateurs en concurrence avec les systèmes main-frames de bas et de moyen de gamme.

Acteurs

Les frustrations inévitables dans les start-up conduisirent à un essaimage depuis Digital Equipment et les autres sociétés pionnières. La croissance du marché permit la naissance de sociétés sur le même business model tels Data General, Scientific Data Systems... 

Les constructeurs plus traditionnels inquiets de la pénétration des minis dans la sphère d'influence de leurs ordinateurs lancèrent à leur tour des équipes plus ou moins marginales sur ce marché. Leurs offres (ex: Série 1 de IBM, Level 6 de Honeywell) furent aidées de leur machinerie industrielle et brimées par leur pesanteur bureaucratique et/ou l'inertie de leur réseau commercial. Parfois des acquisitions de start-ups (ex: CCC chez Honeywell) furent à l'origine de ces incursions dans un marché nouveau.

On notera la faible créativité des sociétés européennes ou japonaises qui avaient plutôt préféré s'essayer au marché de la grande informatique et se contenter de produire des produits nés dans l'industrie américaine. Une petite exception est le cas de la CII qui a développé, hors plan calcul, les séries d'ailleurs concurrentes Mitra et Solar, héritières de petites sociétés fusionnées. 

Fin des mini-ordinateurs

Il était prévisible, dès la naissance des circuits intégrés que le microprocesseur, c'est à dire le processeur sur une seule puce remplacerait à terme le mini-processeur. Il est d'ailleurs intéressant de noter que la commercialisation des premiers microprocesseurs Intel, Mostek, Motorola... se fit avec le même "business model" que les minis 15 ans plus tôt.

Ce qui advint fut la division du travail entre le concepteur de processeur (généralement aussi le fondeur de silicium) et l'intégrateur de systèmes. De nombreuses start-ups d'intégration se créèrent sur le marché des minis qui ajoutèrent au processeur acquis chez le vendeur leurs propres circuits et des circuits achetés aussi dans le commerce. R2E en France, un peu avant d'autres sociétés américaines, conçut ainsi le Micral premier mini-ordinateur à moteur micro-processeur (Intel 8008).

Le premier marché des minis à disparaître fut celui de l'ordinateur personnel, au marché particulièrement élastique et sensible au prix. Les autres marchés où le coût du processeur était masqué par celui de la périphérie, des alimentations et de la cabinetterie (process control, télécommunications) résistèrent une dizaine d'années. Les constructeurs tentèrent bien de miniaturiser leurs mini-processeurs en une puce (MicroVax, Honeywell, DG) mais échouèrent à concurrencer les microprocesseurs standard aux interfaces bien connues et bénéficiant de l'effet d'échelle dû au marché de l'ordinateur personnel.